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Visite du Guatemala pour rencontrer la coopérative Fedecovera dans le cadre de la certification Fair For Life

Patrick Callegher Torréfaction Jaune Cerise
Karine Le Bihan responsable filière Torréfaction Dagobert
José Belda Les Cafés Molina
Maureen Callegher Torréfaction Jaune Cerise
Yohan Morales Transport aérien
David Gobert Torréfaction Dagobert
Guillemette Quenaud Torréfaction Cô'Thé Café

la Team torréfacteur

Sur la route pour Fedecovera

LA FEDECOVERA

L’organisation de cette coopérative au Guatemala est totalement unique et différente des autres, même de celles des autres pays que nous avons eu l’occasion de visiter.

En effet, les coopératives sont affiliées à une coopérative mère de second niveau ou fédération dans le cas présent c’est la Fedecovera. Elle est située à Cobán dans le nord du Guatemala dans la région Alta Verapaz

La Fedecovera est une fédération de 42 coopératives et 21 associations de production agricole (café, cacao, cardamome, poivre, thé noir, curcuma et exploitation forestière), mais aussi une coopérative de jeunes  (objectif : prévoir et assurer la relève que ce soit dans les plantations ou à la Fedecovera) et une coopérative de femmes. « La place » des femmes dans chaque coopérative est omniprésente avec une volonté de mixité et une parité presque parfaite.

La Fedecovera a été créée en 1976 ; elle est née de l’initiative et de la volonté de 24 coopératives de s’associer afin de mutualiser leurs efforts et ressources pour pouvoir supprimer les intermédiaires et exporter leurs productions en direct.

 

La finalité de la Fedecovera est d’améliorer les conditions de vie des producteurs en proposant tous les outils et tous les moyens techniques nécessaires pour améliorer la production et l’accès aux marchés internationaux tous en laissant une totale liberté aux producteurs.

Sa compétence principale est d’assurer l’exportation des produits. Pour info, le Guatemala est le premier exportateur de cardamone à travers le monde.

Son rôle est d’apporter son expertise pour offrir des services efficaces et renforcer les compétences fondamentales des membres en proposant des moyens humains, financiers, sociaux, techniques, environnementaux, organisationnels, gain de productivité, santé, formation…

Nous allons voir en détail chacun des moyens apportés par la coopérative mère mais tout d’abord, comment est organisée La Fedecovera.

La Fedecovera emploie en son siège, 200 salariés répartis dans les bureaux administratifs et comptables, ou postes techniques (station de déparchage, usines de transformation de l’huile de cardamome, production palette,  laboratoire biotechnologie….)

La Fedecovera représente 33 000 familles membres qui y travaillent soit environ 200 000 personnes.

La philosophie de ses créateurs est simple : redistribution et circulation des richesses ; tout ce qui monte doit redescendre et profiter à tous…

Les moyens apportés par la Fedecovera :
Humain

Des agronomes formés par la Fedecovera sont ensuite envoyés sur le terrain dans chaque coopérative, afin d’éduquer les producteurs et les aider à améliorer leur productivité en alliant les bonnes pratiques agricoles et ainsi éviter au maximum les maladies liées aux plants de café (la rouille, la broca…) ou apprendre à les maîtriser et à les circonscrire.Grace à la Fédecovera il y a pour chaque produit cultivé un technicien responsable de 3 coopératives.

Juan, Responsable des opérations au sein de Fedecovera (production et technique) nous a suivi tout au long de la semaine pour faire notamment le lien avec les producteurs des coopératives qui parlent le dialecte local le Quech’i. 22 dialectes sont parlés au Guatemala sans parler de l’espagnol.

En plus de l’espagnol la Fedecovera maintient 2 autres langues officielles le Q’uechi et le Poqomchi ce qui permet de protéger le patrimoine et l’héritage culturel.

Les moyens apportés par la Fedecovera : Scientifique

La Fedecovera travaille en association avec la WCR « World Coffee Research » dans l’objectif est de partager ses avancées et résultats sur la résistance des plants. Elle possède son propre laboratoire d’analyse de sol et de biotechnologie pour le clonage des plants ; système déjà actif pour la cardamone et en cours pour le café (devrait être au point dans 18 mois à 2 ans)

Des parcelles sont destinées à accueillir les jeunes plants sur le site, pour assurer le suivi de sa productivité. Attention aucun OGM, simplement la sélection des plans les plus résistants alliant la qualité et la productivité. Ex : De 2 variétés de cardamome importées d’Inde il y a 100 ans, Fedecovera a su cloner et décliner la plante en 14 variétés aujourd’hui par hybridation naturelle.

Les moyens apportés par la Fedecovera : Financier

Le revenu moyen est de 4 500 Quetzals par mois soit environ 550 euros. La coopérative mère a depuis quelques années émis l’importance pour les coopératives associées de diversifier leurs productions et par conséquent maintenir une activité continue pour les agriculteurs et donc des revenus tout au long de l’année. C’est la clef de la survie financière en cas de mauvaise récolte sur l’un des produits agricoles.

La Fedecovera possède son propre système de financement indépendant

Régulièrement les coopératives soumettent un plan de financement de leurs activités afin d’être autonomes et de pouvoir faire face aux dépenses nécessaires à l’exploitation.

La Fedecovera propose à toutes les familles des crédits avantageux que ce soit pour des achats privés ou des investissements destinés aux plantations. Par rapport à une banque il n’y a aucune condition à remplir en dehors du remboursement de la dette. Il est alloué 100 millions de dollars par an pour les investissements des familles.

 

Les moyens apportés par la Fedecovera : Sociaux, santé

La Fedecovera possède son propre Centre de santé dont la consultation ne coûte que 50 Quetzals soit environ 25 centimes d’euro pour les familles membres des coopératives, mais est ouvert également aux habitants de Cobán. Le prix d’une consultation dans un autre centre hospitalier est de 300 Quetzals.

Il y a un service de médecins généraux, des dentistes et des spécialistes qui se déplacent également jusque dans les coopératives pour faire de la prévention.

Les moyens apportés par la Fedecovera : Environnementaux

Les coopératives de la Fedecovera pratiquent une agriculture selon le cahier des charges bio mais elles ne sont pas toutes certifiées à ce jour.

La certification se fait en fonction de la demande car les coûts liés à celle-ci sont importants. En ce qui concerne le café, seulement 300 à 400 tonnes sur les 900 à 1000 tonnes produites en café vert sont certifiées bio (reparties en 4 coopératives) ; dont 20 tonnes pour notre torréfaction ce qui représente 8% de leurs productions bio.

La Fedecovera choisi et fournit aujourd’hui l’ensemble des engrais organiques (achetés en extérieur) aux coopératives avec une formation pour leur utilisation ; le tout étant gratuit pour l’ensemble des membres. Elle a pour projet de monter un atelier pour l’élaboration de leurs propres intrants biologiques.

Toutes les coopératives réutilisent trois fois l’eau pour le processus des cerises. L’eau est filtrée et dépolluée avant d’être reversée dans la nature. Au Guatemala, cela est une loi récente instaurée pour préserver la biodiversité.

Il est consommé environ 7 litres d’eau par quintal de 46 kilos contre quatre à cinq fois plus dans certains autres pays.

Après dépulpage, la pulpe des cerises est réutilisée et valorisée dans une installation en lombricompostage.

L’utilisation de lombrics permet d’aboutir à une haute qualité de terre nourricière pour les plantations de café. Le liquide recueilli, issu de ce compost, sera également utilisé comme apport nutritif, dilué avec une eau redynamisée (grâce à un dynamiseur d’eau) en pulvérisation sur les feuilles de caféiers.

L’utilisation de ce système permet de doubler la capacité nutritive.

 

 

les coopératives

L’ensemble des coopératives que nous avons visité se situe dans la province d’Alta Verapaz, aux alentours de Cobán.

Dans la zone géographique appeler la Tinta.

Chaque coopérative est organisée en conseil d’administration composé de 5 membres administratifs + 3 membres du comité de vigilance + comité des jeunes +comité des femmes … au moins un membre de ce CA participe à celui de la Fedecovera

Tous les lundis les membres se réunissent afin de déterminer les taches à réaliser, qui va les réaliser pour les parcelles communes comme pour les parcelles privées et décident ensemble du tarif affecté à chaque tache.

Ces coopératives fonctionnent toutes selon la même organisation et produisent de la cardamone, du café et suivent le programme d’agroforesterie :

Un projet d’agroforesterie démarré en 1996 destiné aux parcelles des coopératives, en partant de l’installation d’une grande nurserie. Depuis le début du projet, Fedecovera a pu générer 44 000 000 de plants, soit plus de 4 000 hectares/an ce qui marque le début de la diversification agricole.

La production et le processus du café se font dans les dans les coopératives puis le déparchage est réalisé par la Fédecovera dans ses locaux.

Santa Maria San Marcos

Fondée en 1987, cette coopérative est présidée par Alberto Cochoc ; elle est composée de 400 associés, soit environ 800 familles y participent et travaillent sur environ 60 hectares de café. Avec en moyenne 3500 caféiers /ha, ils produisent 50 quintaux /ha de café parche. Leurs plantations se situent entre 850 et 1500 m d’altitude.

La particularité de leur production est le nombre inhabituel de quatre floraisons des caféiers, étalé sur plusieurs mois pour un seul et même plant. Ce qui amène les agriculteurs à effectuer au moins 12 passages de cueillette sur les parcelles. Ce phénomène exceptionnel constaté est lié aux entrées maritimes des vents provenant directement de l’océan Atlantique.

Le café que nous vous proposons à la Torréfaction Dagobert provient de cette coopérative.

Ils sont certifiés 100%Organic.

Ronnie le technicien café est là pour nous accueillir. Dans son dialecte le Quech’i tandis que Juan nous fait la traduction.

Les Variétés exploitées que nous retrouvons ici sont le Bourbon, le Catuai, le Caturra, le Costa Rica 26, l’Anacafé 14C, le Sarchimor et le Catimor.

Le plant Anacafé 14C est produit par l’organisme national du Guatemala.

Les coopératives produisent majoritairement des cafés lavés ; sur demande ils peuvent produire des micros lots UW et HP

La fermentation se fait dans des tanks 24 heures en sec puis de 12 à 24 heures couverts d’eau pour favoriser les électrolytes et donc une fermentation homogène.

La coopérative utilise trois méthodes de séchage communes à l’ensemble des coopératives.

– La première étant le Guardiola qui consiste à faire sécher le café dans un tambour. Pendant 30 à 40 heures à 50 degrés et nécessite donc l’utilisation de bois. 

– Le système de séchage statique. Il consiste à souffler de l’air à 40 degrés dans un receveur. Le café est brasser toutes les 30 minutes pendant environ 48 heures et cela permet de sécher environ 2T5 soit 50 quintal de café.

– La dernière méthode de séchage dite naturelle ou solaire représente 25 % de la production. Les cafés sont séchés sur des lits dans des serres. Cela représente environ 10 tonnes.

La coopérative entend doubler le mode de séchage naturel mais cette méthode est plus longue, requière des installations supplémentaires, de la main d’œuvre et donc un coût, projet à suivre.

La totalité des plantations est sous ombrage.

Les essences que nous retrouvons principalement sont le Pin, le Cèdre, le bananier, acajou (Caoba) et L’Inga. Grande importance de ce dernier qui fixe l’azote au sol et son bois est de très grande valeur.

Cette coopérative possède sa propre école et son propre système d’éducation et de formation.

Cette coopérative a comme projet de faire en sorte que les jeunes reprennent les parcelles. Avec un objectif de former 5000 jeunes sur 20 ans et une parité homme femme.

Secuachil

Crée en 2001, son président Alberto Coq représente 350 associés et 600 familles sur une communauté de 2500 personnes.

Cette coopérative s’étend sur 3000 hectares dont 50 ha pour le café.

La parcelle que nous avons visité s’appelle « Quinze Milles » dû au nombre d’arbres plantés 100% bio initialement. Elle cultive également d’autres produits alimentaires afin de gérer son autosuffisance.

 

Camélias

La coopérative se situe à environ 1100 m d’altitude, elle fut créée en 1971. Son président actuel Thomas Tivul gère 400 associés et 600 familles pour une production de 103 tonnes de café parche sur 50 hectares.

La plantation la plus élevée se situe à 1600 m d’altitude.

Cette coopérative est la plus ancienne et a gardé les anciennes installations et machines allemandes pour le traitement du café.

 

Le principe de cette coopérative est de planter environ 2500 arbres par hectare.

Cela donne des plantations plus aérées en gardant la même productivité, ce, grâce aussi aux soins et à l’entretien des plants sur un cycle de 3 ans : rajeunissement des plants par étêtage et descopage, enfin recépage tous les 2 ans (coupe du pied de l’arbuste à 25-30 cm de haut) pour qu’ils repoussent et refleurissent au bout de 2 ans, enfin nettoyage des rejets appelés gourmands qui seront improductifs.

Chicoj

Présidée par Don Alfonso elle a vu le jour en 1984 et fait partie des coopératives fondatrices de la Fedecovera en 1996.

Sa particularité est, suite aux ravages et dégâts du cyclone Mitch de 1998, d’avoir initié un projet gouvernemental d’écotourisme autour de ses activités agricoles et notamment le café (Chicoj Coffee Tour).

Elle est constituée de 425 membres et environ 700 familles. La coopérative s’étend sur 810 hectares. La plantation se situe de 1300 à 1500 m d’altitude.

Elle produit environ 250 tonnes de café parche.

Elle a créé une école pour les enfants de producteurs qu’elle suit jusqu’à l’université, afin d’assurer la continuité et pérennité des organisations.

Un barista est présent dans cette coopérative pour accueillir les touristes et faire découvrir les cafés issus de leurs plantations, selon différents procédés séchage (lavé, séché ou semi séché).

Mais également, amener les producteurs à goûter le produit fini de leur récolte, dans un objectif d’éduquer leur palais et apprécier ce bon café qui est le leur.

 

Le comité des femmes qui réunit 159 femmes membres existe depuis 15 ans. Il est le premier à avoir existé au Guatemala.

Les différents dialectes compliquent l’évolution de la place des femmes dans la société.

L’ambition de la Fedecovera est que 5000 femmes soient présentes dans les comités de direction au sein des 43 coopératives.

La nurserie à Cobán compte 6 millions de plants toutes variétés confondues (arbres, curcuma, cannelle, cafés).

Les plants sont vendus 2 Quetzal pour les membres et 2,5 Qtz pour les non membres.

Elle fonctionne avec 35 employés à l’année dont 40 % de femmes. Elle propose même de faire des plantations un service sur mesure. Sur le terrain pour les plantations, c’est une en équipe de 2 personnes qui peut ainsi planter jusqu’à 1000 arbres par jour.

L’usine de déparchage se trouve à Cobán.

Cette opération est réalisée par la Fedecovera.

Entre chaque lot les machines sont nettoyées à l’aide de chiffons humides et d’air comprimé.

La première opération consiste à éliminer les impuretés. Ensuite, le déparchage. La parche est évacuée à l’extérieur pour éviter les contaminations et est recyclée en compost ou en combustible.

Le tri et la classification vont d’un crible et d’un calibrage situé entre 14 et 18 (classification de 8 tailles de grains différents).

Le tri suivant s’effectue par la densité

Le café est enfin trié par une machine colorimétrique pour éviter tous défauts.

Il faut 5 jours pour déparcher 19 tonnes de café, soit un container.

Le café est stocké en parche dans les coopératives productrices, il n’est acheminé uniquement en fonction des besoins.

Cette étape de déparchage est effectuée à réception de la commande du client, ce qui sous-entend que le café une fois vert et conditionné, parte directement de l’usine pour expédition.

 

Parlons un peu de l’établissement du prix pour le producteur.

Il est réalisé en plusieurs étapes. La première étant le prix de base, fixé entre les associés, la deuxième en fonction du nombre de défaut.

Après le déparchage, ils peuvent obtenir une prime en fonction du nombre de défauts obtenus. Les données sont transmises au responsable technique afin de faire évoluer la qualité au sein de la plantation en question.

La troisième étant la note obtenue lors du cupping et enfin en fonction de la vente réalisée par la coopérative mère. On parle donc d’une rémunération évolutive sur quatre points. Le palier de départ est de 650 Quetzal par quintal de 46 kilo soit environ 55 euros. Et nous avons pu le vérifier sur place par la comptabilité de la Fedecovera.

Le symbole de la Fedecovera, représente une princesse Maya du nom de Waka enterrée au nord du pays dans la ville de Tikal. 

Ce site Maya est connu sous le nom de Entrada datant de 500 avant JC et 800 après JC.

Les pins symbolisent le système pyramidal de la coopérative, 

le vert représente la nature, quant au bleu, c’est la pureté et le cercle vertueux.

En conclusion de ce voyage dans lequel, nous avons pu partager avec Gabriella et Illiana avec qui nous avons passé la semaine. 

Qui ont assuré notre sécurité et notre approvisionnement en rhum. 

Nous avons découvert une organisation des plus maternalistes et responsables dans laquelle chaque personne est valorisée et impliquée.

La transparence et l’intégrité est parfaite, un modèle tellement parfait que le gouvernement démocratique s’en inspire.

La Fedecovera devient un modèle social stratégique de développement pour lutter contre les problèmes de santé, de travail, d’insécurité alimentaire, d’éducation…pour permettre la conservation de l’écosystème et de la biodiversité et  pour limiter l’émigration de la population.

Dans Chaque coopérative, une personne est une voix. Dans la coopérative mère chaque président est une voix et vote pour les siens.

Tous les bénéfices de la Fedecovera sont redistribués à l’ensemble des coopératives

Tous les investissements sont dédiés à la productivité, à la formation, à la parité, à l’entraide et la bienveillance…

Un cercle vertueux bien organisé et bien cadré dans lequel, nous nous reconnaissons. L’ensemble formalisé sous le label FAIR FOR LIFE.

Un bonheur d’avoir rencontré un peuple d’une gentillesse incomparable avec mes amis Torréfacteurs de France.

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